





Voeux du PCF Finistère à l’amicale laïque de Lesconil.
Photos Jean-Philippe Deunf et Ismaël Dupont.
Voeux du PCF Finistère à Lesconil dans la salle de l’amicale laïque à l’emplacement de l’usine des sardinières qui se mirent en grève à l’été 1926, point de départ d’un conflit social de plus d’un an généralisé aux ports du pays bigouden. Un moment très chaleureux avec une soixantaine de camarades, des discours de Gérard Bal pour les sections, de moi-même pour la fédération, de Gwenole Foucher pour la JC, et une mini conférence de Gaston Balliot sur les luttes des ouvrières et pêcheurs du pays bigouden suivie d’un repas et de chansons de Marie-Aline Lagadic, autrice de l’excellent livre CD historique et ethno-musical « Le Chant des Sardinières » sur les luttes des ouvrières du pays bigouden en 1926-1927 et celles des sardinières de Douarnenez fin 1924.
Merci à tous les camarades, amis et partenaires présents.
Discours d’Ismaël Dupont – à Lesconil 24 janvier 2026
Cher.e.s amis, camarades du PCF et de la JC, partenaires de gauche,
Monsieur le maire de Lesconil,
Monsieur l’adjoint aux commémorations,
Chère Armelle Huruguen, ma collègue au conseil départemental du Groupe Finistère & Solidaires,
J’excuse Madame la responsable de l’UL CGT du Pays Bigouden
Au nom de la fédération du parti communiste du Finistère, je tiens à vous remercier tout d’abord tous de votre présence et à vous souhaiter une très belle année 2026 à vous, vos familles, vos proches, vos organisations locales, dans vos engagements et responsabilités.
2025 et ce début d’année 2026 auront été une année de bascule politique, avec une extrême-droitisation du monde et du débat public, une attaque en règle de très grandes puissances contre le droit international, l’ONU, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le droit des réfugiés, une montée internationale de l’impérialisme belliciste, du racisme et de la xénophobie, une offensive réactionnaire, ultra-capitaliste, et aussi souvent d’obscurantisme et de fanatisme religieux.
Pensons au génocide à Gaza, au nettoyage ethnique et à la politique d’apartheid violente en Cisjordanie, à la destruction de camps de réfugiés, à l’enlisement et à la barbarie de la guerre en Ukraine, au Soudan (une guerre dont on parle peu mais qui a déjà fait plus de 200 000 morts depuis 2 ans), à la répression sanglante du peuple iranien, aux attaques contre les Kurdes qui ont stoppé Daesh à Syrie, à la volonté des Etats-Unis et des droites oligarchiques en Amérique Latine d’abattre tous les gouvernements de gauche, au retour en force de la droite à extrême, symbolisée par la victoire de José Antonio Kast, le fils de Nazi, le sympathisant de Pinochet, contre la communiste Jeannette Jara, candidate de l’ensemble de la gauche, au Chili – il vient nommer deux avocats de Pinochet ministres de la défense et de la justice et des droits de l’homme – et aujourd’hui, les menaces que font peser les Etats-Unis contre l’indépendance du Venezuela, de Cuba, de la Colombie, du Mexique, et du Groenland.
En France, le président E.Macron, complètement marginalisé politiquement sur la scène intérieure, dont la voix ne compte plus et laisse indifférent une grande partie de la population, dont les ministres en sursis ne font plus rien qu’expédier les affaires courantes et brasser du vent, ne disposant plus d’aucun socle majoritaire, se transforme en valet du fasciste Donald Trump en applaudissant l’enlèvement de Maduro (et l’exécution de sa garde rapprochée, dont 32 cubains), et en président va-t-en guerre tenant un discours martial décalé sans réels moyens de ses prétentions contre la Russie et engageant notre pays et l’Europe sur la voie d’un réarmement et d’une escalade des tensions militaires et politiques.
Un réarmement et une escalade notamment dans les dépenses militaires, de défense, du nucléaire militaire, qui se fait au détriment d’une politique sociale, d’éducation, de santé.
Pendant ce temps les inégalités augmentent, le nombre de pauvres augmente, et leur poids d’achat diminue avec l’inflation, et la richesse des plus riches explose.
82 milliards d’euros ont été retirés aux collectivités locales par l’État en 15 ans, et 6 milliards d’euros en 2026.
La droite refuse la contribution des plus riches, la remise en cause des systèmes de fraude et d’évasion fiscale, de contournements de l’impôt, la taxe Zukman, le rétablissement de l’ISF, la taxation des revenus financiers.
500 familles concentrent aujourd’hui en France 42 % du PIB contre 6 % du PIB il y a 30 ans en 1996. Le volume de leur richesse et patrimoine a été multiplié par 7 ou 8 !!!
Selon un rapport d’Oxfam, les 53 milliardaires français sont désormais plus riches que plus de 32 millions de personnes réunies.
Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, la fortune des milliardaires français a doublé.
Le sénateur communiste Fabien Gay, élu par le magazine Challenges, Sénateur de l’année, pour son rapport sur les aides publiques généreusement accordées sans contrepartie aux entreprises, établit à 211 milliards d’euros la facture d’aide publique aux entreprises chaque année.
Et parfois, souvent, elles compriment les salaires, nourrissent les actionnaires plus que l’investissement dans le long terme, l’innovation, et l’appareil de production, quand elles ne délocalisent pas et suppriment des emplois en France.
Pendant ce temps-là les services publics ferment ou se dégradent, se raréfient, se déshumanisent à la faveur des filtres numériques, la protection sociale se dégrade, les retraites sont attaquées, comme le niveau de remboursement des dépenses de santé, 80 ans après la création de la sécurité sociale.
Cela ne peut plus durer ! La difficulté de vivre, la désillusion, colère dominent chez nos concitoyens. Beaucoup n’en peuvent plus. Mais les milliardaires, la droite et l’extrême-droite ont compris qu’il fallait trouver des dérivatifs à cette colère pour ne pas remettre en cause leurs dominations, leurs privilèges, leur petit monde oligarchique fermé sur lui-même : les musulmans, les arabes, les étrangers, les immigrés, les chômeurs, les allocataires du RSA, les fonctionnaires…
Et comme ils disposent maintenant d’un pouvoir médiatique hallucinant, entre les médias d’État aux ordres de l’agenda de droite néo-libéral et capitaliste, et les médias privés aux ordres du milliardaire d’extrême-droite Bolloré (80 % des médias sont possédés par 9 milliardaires), les idées dominantes sont plus que jamais les idées qui correspondent aux intérêts de la classe dominante, comme les orientations de l’État, comité qui gère les intérêts privés de la grande bourgeoisie, Marx est toujours et plus que jamais d’actualité.
La lutte des classes fait rage, et elle fait beaucoup de victimes parmi les damnés de la terre, ceux dont les richesses naturelles, la force de travail, les pays, sont pillés par les ultra-riches de la classe capitaliste.
Face à ça, difficile d’être optimistes en cette année 2026, surtout quand on lit des sondages, montrant que désormais il y a autant de français qui adhèrent aux idées du RN que de français qui les rejettent (42% contre 44 %, sondage Le Monde, 11 janvier) et quand on voit l’ex-droite républicaine marcher sur les plates bande du RN, ou s’allier à lui ou à Reconquête.
Mais dans ce basculement du monde et de notre société vers le pire, le volontarisme et le souci d’organisation, de construction d’alternative politique crédible, de rassemblement pour une autre répartition et production des richesses, le pari de l’espoir et de la combativité des communistes, sont des atouts pour lutter et résister. Je reprendrais à mon compte les mots très justes d’un prêtre de la théologie de la libération qui témoignent dans le film « L’évangile de la libération » de François Xavier Drouet sorti cette année : « Je réserve le pessimisme pour des jours meilleurs ». Le pessimisme est luxe que nous ne pouvons nous permettre, nous sommes le corps enfoncé jusqu’au cou dans la boue. Il nous faut trouver l’oxygène et nous sortir de ce piège !
Pour ce qui est du PCF Finistère, et de l’ensemble de la gauche, nous avons des enjeux importants devant nous avec les municipales des 15 et 22 mars 2026, pour lesquelles nous espérons une participation populaire importante comme aux législatives de 2024, et à l’occasion desquelles nous présentons au moins 88 candidats dans le Finistère, sur au moins 24 communes. Nous espérons gagner et conserver un maximum de communes à gauche et faisons le choix du rassemblement de la gauche pour être plus efficaces, et faire bloc pour mettre en échec la droite et l’extrême-droite, inverser la dynamique politique dominante. Mais surtout parce que nos citoyens et nos communes ont besoin de politiques d’égalité des droits, de progrès, de défense des services publics, de démocratie participative, de soutien au monde associatif, sportif, à la culture, et nous voyons au niveau du département du Finistère combien il en coûte au niveau social quand une collectivité de cette importance passe à Droite.
Le PCF, dans le Finistère, c’est 55 élus municipaux dans le mandat 2020-2026, 1 conseillère régionale, 3 conseillers départementaux, 12 sections, 825 adhérents, 43 adhésions en 2025 et 50 jeunes communistes, c’est 8 fêtes populaires dans l’année, dont les deux du Travailleur Bigouden, a priori le samedi 18 juillet à Lesconil et le mercredi 19 août à Loctudy pour la fête fédérale.
Nous avons organisé en 2025 des grandes souscriptions pour la solidarité avec le peuple palestinien (+ de 10 000 euros récoltés), 16 ventes de légumes à prix coûtant, 15 conférences d’éducation populaire, des projections de films, des ventes et présentations de livre, nous sortons notre journal bimestriel « Rouge finistère » et le distribuons à 12000 exemplaires tous les deux mois pour faire connaître notre actualité, nos analyses, nos propositions.
Et nous allons présenter en 2026 aux élections municipales plusieurs jeunes de -25 ans et de -30 ans sur nos listes dans le haut des listes à Brest, Landerneau, où Gladys Grelaud, notre camarade, est la tête de liste « Landerneau pour tous », est notre candidate, à Morlaix, au Relecq-Kerhuon à Douarnenez et ailleurs sans doute.
Nous souhaitons bonne chance à tous nos candidats et plus généralement aux équipes de gauche qui se présentent aux municipales. Les élu.e.s communistes montrent du sérieux et de l’implication dans leurs tâches, et ils reversent leurs indemnités d’élus, ne s’enrichissent pas avec leur mandat. Il faut le rappeler !
Nous aurons aussi dans les semaines et mois à venir des échéances importantes pour préparer 2027 et travailler nos objectifs stratégiques et d’organisation, notre projet à la lumière des basculements et bouleversements du monde et de la vie politique, avec nos congrès de section et notre congrès départemental en juin, les 13 et 20 juin, notre congrès national, le 40 ème congrès du PCF, 100 ans après le 5ème congrès à Lille en 1926, à Lille en 2026.
1926, il y a 100 ans, c’est justement le point de départ des luttes des sardinières du pays bigouden de Lesconil, du Guilvinec, du Pays bigouden.
Ces femmes travaillaient de 15 à 18 h par jour, les horaires de nuit et les heures supplémentaires non majorées, le repos dominical n’était pas respecté, elles commençaient à travailler à 13 ou 14 ans pour emboîter le poisson, la sardine, quand elle arrivait. En novembre 1924, les sardinières de Douarnenez avaient donné l’exemple de la révolte, avec l’appui de leurs maris pêcheurs, de la CGT-U, du parti communiste, et de la mairie communiste de Douarnenez, manifestant et faisant grève pendant 6 semaines pour les 5 sous supplémentaires de l’heure : « pemp real ar vo ». Le 6 janvier 1925, elles ont gagné : le salaire de 8 francs pour 10 h se trouve porter à 10 francs pour 8h, soit une augmentation de 30 %, les heures de nuit sont majorées de 50 %. Les temps d’attente du poisson sont rémunérés. Le droit syndical est reconnu.
En 1926, Charles Tillon et la CGT-U vont tenter d’étendre le bénéfice de ces progrès du droit du travail et des accords du 6 janvier 1925 à l’ensemble des conserveries du littoral. Le conflit social dans le pays bigouden est moins connu mais a duré bien plus longtemps et a eu des conséquences encore plus dramatiques pour les familles et populations.
A Lesconil, au début des années 1920, 62 % de la population active dépend de la pêche et de l’industrie sardinière. Le 26 juillet 1926, alors que les Douarnenistes viennent d’obtenir 1,40 franc de l’heure pour les hommes, 1,13 franc pour les femmes, les ouvrières de Lesconil se mettent en grève. Charles Tillon arrive le 28 juillet pour soutenir les femmes de Lesconil. Le 1er août 1926, les femmes de Lesconil se rendent en cortège au Guilvinec sur des airs révolutionnaires, et les guilvinistes se joignent à elles, c’est la fameuse photo de Charles Tillon, plus tard son tableau, et l’affiche de la CGT de 1982 sur les luttes sociales en pays bigouden d’Alain Le Quernec. Les ouvrières du Guilvinec réclament 1,25 franc de l’heure. Le 2 août plus de 500 personnes sont en grève. Dans la soirée une réunion à laquelle on se rend en chantant l’Internationale et le Drapeau rouge rassemble 800 personnes aux Halles de Pont l’Abbé. Le 5 août, 1000 ouvrières et ouvriers d’usine sont en grève avant d’être rejoints par les marins.
Les patrons accordent des augmentations à Penmarc’h et Pont l’Abbé, mais pas à Lesconil et au Guilvinec, jouant la division. Le 10 août les négociations reprennent et les ouvrières sont augmentées à 1,35 franc de l’heure. Une manifestation de joie se déroule à Lesconil suivie d’un grand bal pour fêter la victoire.
Mais une répression patronale intense va s’ensuivre. Des coopératives sont créées par la CGTU et Charles Tillon pour construire du revenu pour contourner le lock-out des patrons privant de salaires les ouvrières et ouvriers, comme une coopérative de dentelle. En avril 1927, en même temps que le conflit se poursuit avec les ouvrières de Lesconil, il y aura une nouvelle épreuve de force des patrons avec les marins de Saint Guénolé. La population est réduite à la famine et la misère. Les conserveurs n’achètent plus le poisson et ferment les usines. Le conflit social du Pays Bigouden est au sujet de l’assemblée nationale, l’égoïsme et la cupidité des conserveurs, leur cynisme est dénoncé, l’Humanité lance une grande souscription pour les ouvrières et les pêcheurs et leurs familles. Mais ce combat social se traduit plutôt par une victoire des patrons des conserveries.
Lesconil c’est aussi une haute tradition de lutte antifasciste et avec mes camarades nous avons été rendre hommage au carré des fusillés et déportés du cimetière de Lesconil à nos camarades fusillés par les Allemands et déportés en camp de concentration tout à l’heure. Cette empreinte de résistance populaire a aussi beaucoup pesé dans l’influence du communisme dans la commune et le pays bigouden en général.





