
Patrick Gambache
Depuis combien de temps tu es engagé en politique ?
J’ai adhéré au parti communiste à 20 ans en 1978, à la fête de l’Humanité. C’est un élu de Meudon qui m’a fait adhérer. Au lycée de Sèvres, je militais déjà et j’ai vendu « Rouge ». J’habitais Meudon-la-Forêt, une commune créée en 1961 par Fernand Pouillon, le grand architecte de l’Algérie indépendante notamment pour y accueillir les rapatriés d’Algérie et les ouvriers des usines Renault. Il y avait une vraie mixité dans cette ville de 21 000 habitants au km2 .
A 20 ans, je suis entré a l’Éducation Nationale pour devenir instituteur, je me suis retrouvé quelques mois plus tard militant du Syndicat National des Instituteurs (SNI), puis responsable de la section de Sèvres.
Tes bons moments de militantisme en région parisienne ?
La période de militantisme de 1980 à 1987 était exaltante parce qu’elle mêlait le politique et l’éducatif. J’étais engagé dans les groupes de réflexion pédagogique et les mouvements d’éducation populaire. J’ai eu la chance de commencer à enseigner dans une école d’application qui recevait des jeunes instits en formation.
C’est une période où il y avait aussi un mélange entre la partie politique et syndicale, et une vraie fraternité. Nous étions un certain nombre d’enseignants engagés au conseil syndical et nous nous retrouvions régulièrement au bureau départemental du syndicat à Nanterre : j’en garde un très bon et grand souvenir !
Parle-nous de ton entrée dans le monde de l’édition ?
Je vais devenir instituteur spécialisé nommé en collège. A ce moment-là, on me propose de travailler sur la formation et la mise en œuvre des plans de développement de l’informatique auprès des enseignants. Le Centre Académique de Recherche et de Formation en Informatique travaillait plus particulièrement sur l’intégration de cette nouvelle technologie dans les disciplines. On m’a proposé de gérer des revues thématiques et disciplinaires sur ces questions. C’est à partir de cette première expérience éditoriale que j’ai rencontré le milieu de l’édition. Tout d’abord au CRDP (Centre de Recherche et de Développement Pédagogique) comme responsable éditorial, puis comme directeur régional adjoint. J’ai ensuite collaboré aux premiers partenariats éditoriaux entre le public et le privé, notamment sur les questions de l’enseignement en technologie, et sur l’enseignement adapté, puis au sein des éditions Delagrave spécialisées dans la technologie au collège mais aussi de l’enseignement technique. J’intègre le groupe Flammarion à qui appartient Delagrave en 2002. De 2002 à 2009, je suis nommé directeur éditorial puis directeur des éditions Delagrave, en 2009 je prends également la direction des éditions « J’ai lu » et la responsabilité du développement numérique du groupe Flammarion. Nous créons une plateforme de distribution de livres numériques « Eden Livres » en partenariat avec le groupe La Martinière et Gallimard.
Hervé de la Martinière, décédé aujourd’hui, me demande d’intégrer le groupe La Martinière comme responsable des éditions Points/Seuil, et du suivi du développement numérique. Je deviens secrétaire général du groupe en 2013. En 2015, je prends la direction générale des éditions La Martinière. En 2017, je quitte La Martinière et fonde une petite entreprise de conseil d’accompagnement d’auteurs et de projets numériques : à la fois agent, coach littéraire, dans une activité de conseil. J’ai continué à accompagner des créations d’activités numériques jusqu’en 2022.
Ton histoire avec la région de Morlaix ?
Avec Michèle, nous avons acheté une maison à retaper à La Feuillée en 1992. Nos amis André et Patricia Paulus, nos témoins de mariage – André était aussi mon collègue instituteur et mon camarade de section (nous collions des affiches du PCF avant d’aller bosser le matin) et de syndicalisme – y avaient déjà une maison. De 1993 jusqu’à la retraite de Michèle, nous y avons passé toutes nos vacances. Nos enfants y avaient leurs copains c’est notre maison de cœur.
Nous avons toujours pensé que notre retraite se passerait en Bretagne entre La Feuillée et Morlaix En 2018, nous décidons de nous installer définitivement à Morlaix dans un appartement juste derrière la mairie.
En 2019, on te demande de t’engager aux élections municipales avec le PCF pour rejoindre la liste de Morlaix Ensemble dirigée par Jean-Paul Vermot. Raconte-nous…
C’est une campagne compliquée, qui se fait en deux temps avec la crise sanitaire (covid) et le confinement au milieu, qui vient tout interrompre de mars à mai 2020. Très vite, je me suis senti à l’aise parmi ce groupe de candidats, les séances de travail était dynamiques et l’ambiance chaleureuse. Les rencontres publiques, la rédaction des documents, les permanences ont été des moments propices pour apprendre à se connaître et à travailler ensemble. Les camarades du Parti, très présents, ont aussi été des éléments moteurs et facilitateurs pour mon intégration à la vie morlaisienne. Merci encore à eux ! Annie, Valérie, Marie-Françoise, Ismaël, Frédéric, Jean-Luc bien sûr (c’est lui qui m’a téléphoné pour me proposer d’être sur la liste)… C’est là que j’ai découvert Jean-Paul Vermot que je ne connaissais que très peu, je l’avais juste rencontré lors d’une fête du Parti du 1er mai.
Nous avons été élus fin juin et fait notre premier conseil municipal début juillet. J’étais conseiller municipal délégué, élu en 25e position. Après notre élection Jean-Paul m’a demandé si j’acceptais de devenir responsable de majorité, ce que j’ai accepté avec grand plaisir. J’ai noué des relations de travail et de confiance avec l’ensemble de l’équipe. Je suis 1er adjoint depuis 2023 et ai les délégations : finances, ressources humaines et la police municipale. Par ailleurs, je suis vice-président de la régie de l’eau An Dour et en charge des travaux de rénovation du Musée.
Six ans de mandat, c’est long ?
Oui six ans de mandat, avec beaucoup de travail. C’est un engagement sur un temps long ou les difficultés n’ont pas manqué : covid, difficultés économiques, désengagement de l’État…
Mais c’est aussi des réussites, et le bilan du mandat de la liste est très positif : mobilité, centre de santé, Rues en scène, les jardins éphémères, la démocratie participative… les élus et les agents n’ont pas chômés durant ces six années.
Il faut s’occuper de beaucoup de sujets très différents et être présent en mairie : j’y passe au moins 3-4 jours par semaine. Mais au final ce sont aussi de vraies satisfactions et le travail en équipe avec les élus, les collaborateurs de la ville est un moteur très efficace.
De quoi tu es le plus satisfait dans ce mandat et l’exercice de tes fonctions ?
Le travail que j’ai pu faire de coordination des équipes et la confiance qui m’a été accordée par mes collègues de Morlaix Ensemble est une satisfaction énorme. Le travail avec les services de la ville, toujours très mobilisés, a été un grand plaisir. Tout le travail effectué a été fait en confiance et en grande proximité avec Jean-Paul Vermot.
Un travail fait d’organisation, de structuration des ressources humaines de la ville a permis de gagner en qualité relationnelle, de vie au travail, de compétences, de dialogue social. C’est sans doute le plus important. Nous avons travaillé à la titularisation des contrats précaires, cherché à développer la formation, la qualité de vie au travail en y associant les agents, les syndicats, les cadres de la mairie. Nous avons conforté les avancements de grade et les promotions malgré les manques de financement, travaillé à l’accompagnement des cadres et la formation au management.
J’ai essayé d’être disponible et à l’écoute de tous notamment pour les agents et être attentif à leurs demandes.
Un travail important sur le chantier du Musée a été réalisé et c’est une grande satisfaction : la restauration de la chapelle sera terminée à l’été et concomitamment un travail considérable dans le domaine archéologique a été réalisé par l’INRAP.
Les agents sont restés très mobilisés et proactifs pour faire vivre le musée pendant sa fermeture en organisant des visites de chantiers qui ont été un beau succès, par le travail sur la conservation des œuvres, la recherche et la communication.
Dans le domaine de la sécurité et de la tranquillité publique, je suis fier d’avoir pu accompagner le travail d’une équipe de police municipale renforcée, centrée sur la question de la police de proximité, la prévention, la pédagogie, qui cherche à développer une qualité relationnelle avec les Morlaisiens.
D’après toi, quelles sont les valeurs communistes que tu as pu porter dans l’exercice de ton mandat dans une majorité d’union de la gauche ?
Le travail autour de la démocratie participative, idée qui nous est chère, et que l’on souhaite développer pour prendre en compte la parole des citoyens. Mais aussi tout le travail réalisé sur la partie ressources humaines, en cherchant à développer toujours plus d’équité, avec un grand respect pour les agents communaux et leur travail. Enfin tout ce que l’équipe municipale a mis en place pour permettre de mieux vivre à Morlaix, l’accompagnement des personnes en difficulté : être des facilitateurs et de faire en sorte que les Morlaisiens se sentent mieux dans leur ville. Malgré les contraintes budgétaires, nous avons réussi à faire en sorte de maintenir les tarifs sociaux de cantine et garderie, du sport, les subventions aux associations, les budgets pour la culture…
Dans le domaine de la solidarité internationale, tu t’es aussi beaucoup investi sur la question de la coopération avec le peuple palestinien…
La municipalité, puis Morlaix-Communauté et An Dour se sont investies dans le cadre de la coopération décentralisée sur un très gros projet sur la Palestine autour de la maîtrise de l’eau dans le camp de réfugiés de Jalazone. C’est avec une très grande fierté que nous voyons progresser à grands pas ce projet et les contacts réguliers que nous avons avec le camp de réfugiés de Jalazone nous permettent d’avoir une approche politique de cette question de la solidarité concrète avec le peuple palestinien. Le fait de pouvoir m’être rendu sur place et de recevoir régulièrement des nouvelles et des amis palestiniens donne une toute autre ampleur à mon engagement sur cette question.
Et maintenant ?
Je m’investis pleinement ainsi que mes camarades dans la campagne municipale avec Jean-Paul Vermot et toute l’équipe de Morlaix ensemble. Je serais présent en fin de liste, car j’ai souhaité partir sur de nouveaux projets. Je resterai pleinement mobilisé sur la question de la Palestine, avec l’AJPF et l’association Morlaix-Wavel, et au sein du PCF en m’investissant davantage sur la section.
Propos recueillis par Ismaël Dupont pour « Le Chiffon Rouge » et « Rouge Finistère »


