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Accord commercial UE-Mercosur : refusons le hold-up du capital sur notre agriculture

Accord commercial UE-Mercosur : refusons le hold-up du capital sur notre agriculture

Malgré l’opposition de la France, de l’Irlande, de la Pologne, de l’Autriche et de la Hongrie, l’Union européenne s’apprête à signer l’accord commercial tant décrié avec les pays membres du Mercosur. Le volte-face italien montre bien que l’extrême droite au pouvoir sert les intérêts du capital et ne fait rien pour défendre le revenu des agriculteurs et agricultrices.

Bien qu’Emmanuel Macron et Annie Genevard aient mis du temps à s’opposer clairement à l’accord, ils affichent aujourd’hui leur refus. Mais les communistes ne sont pas dupes. Ils contestent des déclarations de circonstance, car la France aurait pu s’employer plus tôt à construire honnêtement et réellement une minorité de blocage pour éviter la ratification de cet accord.

Les producteurs de viande bovine, de betterave sucrière, de volaille et de miel seront, une fois de plus, les grands perdants d’une mondialisation débridée. Depuis les années 1990, le capital, soutenu par des institutions acquises au néo-libéralisme, s’évertue à intégrer l’agriculture dans le jeu du commerce international pour transformer les biens agricoles en commodités standardisées et produites en masse. L’objectif est clair, la mise en concurrence internationale entre agricultures doit permettre la baisse des prix à la production. Que va donc devenir le revenu des éleveurs de vaches allaitantes français, espagnols et irlandais quand on sait que, d’après l’Institut de l’élevage, les coûts de production des élevages de bovins viande du Mercosur sont inférieurs de 40% ?

Cette compression du prix payé au producteur sert inexorablement les intérêts du capital. D’une part, depuis le début des Trente Glorieuses, le prix de l’alimentation et la part de ce poste de dépenses dans le budget des ménages suit une baisse tendancielle pour justifier la stagnation des salaires, pensions et traitements dans le reste du système économique. D’autre part, l’industrie agroalimentaire, la grande distribution et les chaînes de restauration pilotent l’agriculture. Il est alors dans l’intérêt du complexe agro-industriel de s’approvisionner à bas prix auprès des agriculteurs pour conforter ses profits. Les producteurs sont donc victimes du libre-échange de marchandises au même titre que les consommateurs.

Dans le même temps, comment tendre vers la plus haute exigence environnementale et sanitaire si l’UE importe des denrées agricoles qui ne respectent pas la même règlementation ? Malgré des garanties sur l’importation de produits sans OGM ou sans hormones, l’Institut de l’élevage nous apprend qu’en 2020, un quart des substances actives utilisées au Brésil étaient interdites en Europe. Le risque est grand d’un nivellement vers le bas des normes sanitaires et environnementales. Les laboratoires phytopharmaceutiques et les firmes semencières profiteront assurément des nouvelles perspectives de développement d’un modèle agro-exportateur totalement dépendant aux intrants chimiques.

Et ce sont toujours les intérêts du capital qui priment quand l’UE s’apprête à brader des pans entiers de son agriculture pour conforter les profits dans d’autres secteurs d’activité. Ce sont d’abord les constructeurs automobiles, les fabricants de machines-outils, les grands groupes de BTP, de téléphonie et d’assainissement ou encore l’industrie pharmaceutique situés en Europe qui profiteront d’un accord qui prévoit de supprimer plus de 90% des droits de douane entre l’UE et les pays du Mercosur. Du fait de processus biologiques compliquant la division du travail, l’agriculture, bien moins lucrative que ces activités, n’est autre chose qu’une dot pour conforter les exportations de biens et services offrant de plus fortes espérances de profit.

Le Parti communiste français dénonce des intérêts capitalistes qui attaquent la souveraineté alimentaire, à savoir le droit fondamental des peuples à produire par eux-mêmes leur propre alimentation. L’heure est plus que jamais au refus de la concurrence généralisée entre peuples et territoires. Prônons un internationalisme passant par la planification démocratique de la production, l’intervention publique sur les prix et la construction de nouvelles coopérations entre peuples. Il s’agirait notamment de bâtir des partenariats scientifiques et techniques pour relever collectivement les immenses défis posés par la lutte contre la faim, le dérèglement climatique ou, de manière plus hédoniste, en faisant vivre l’amitié entre les peuples autour du partage des cultures culinaires.

Opposé de longue date aux accords de libre-échange tels que le CETA et le TAFTA, le PCF refuse la ratification du traité entre l’UE et le Mercosur, comme il toujours dénoncé l’intégration des biens agricoles dans les accords commerciaux.

Les communistes exigent dans le même temps la construction d’un service public de la traçabilité et du contrôle de la qualité pour tous les produits agricoles en imposant l’obligation de la mention d’origine des produits alimentaires pour tous les produits bruts ou transformés, qu’ils soient importés ou produits sur le sol européen. De même, le PCF propose de créer une police de la sécurité alimentaire européenne dotée de vrais moyens de contrôle aux frontières pour un contrôle large et réel de la qualité des produits agricoles commercialisés.

Parti communiste français

Paris, le 9 janvier 2026

Pas de capitalisme sans casser des oeufs ! Questions à Xavier Compain

Xavier Compain a animé pendant l’Université du PCF à Angers un débat avec Jean Louis Durand , chercheur communiste à l’INRA, cégétiste , sur le thème « l’agriculture au défi de la transition écologique « 

A la Fête de l’Humanité, le samedi 16 septembre à 14h30, il animera un débat sur l’Alimentation, la Santé, l’Agriculture et l’Environnement sur le thème « Du danger dans nos assiettes. Pas de capitalisme sans casser des œufs ».

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Parallèlement, dans le sillage de la vente solidaire de fruits et légumes à juste prix du 17 août des agriculteurs du MODEF et du Parti Communiste sur une centaine de points de vente, les communistes bretons présents sur la fête de l’Humanité au parc de la Courneuve organiseront un marché solidaire de légumes et de fruits bretons le samedi 16 septembre dans l’après-midi.

Voici une interview de Xavier Compain réalisée pour le journal du PCF Finistère du mois de septembre « Rouge Finistère » en lien avec le récent scandale des œufs contaminés au Fipronil    

ob_041236_xavier-compain-et-la-cgt-indecosa Xavier Compain, porte-parole du PCF Bretagne et responsable de la commission Agriculture-Pêche-Fôrets du PCF avec Martine Sellier, présidente de la CGT Indecosa

PAS DE CAPITALISME SANS CASSER DES ŒUFS !

3 questions à Xavier Compain, porte-parole du PCF Bretagne, animateur de la commission Agriculture-Pêche-Forêt du Parti Communiste. Sommes-nous sûrs de ce que nous consommons ?

 

Avec les poulaillers traités au Fipronil, pourtant interdit on a l’impression qu’une crise agro- sanitaire succède à une crise agro-sanitaire.

Cette crise dite du Fipronil (des poulaillers géants ont été désinfectés avec ce produit interdit) fait suite à d’autres crises dans des secteurs très différents les uns des autres… On a des alertes depuis des années. Souvenons nous de la « vache folle » entre 1996 et les années 2000, des épidémies de grippe aviaire qui traversent le globe, des lasagnes à la viande de cheval. N’oublions pas non plus les dommages collatéraux, qui touchent notre environnement : les marées d’algues vertes sur nos côtes, les pollutions au nitrate des cours d’eau. Si les crises s’enchaînent, c’est que peu de choses changent et que les changements, quand il y en a, prennent un temps fou ou sont partiels. Et je ne parle pas des décisions publiques contradictoires et brouillonnes. Tout cela n’est pas lié au hasard, au « pas de chance ». Le système de production est directement en cause. C’est un système à bout de souffle qui interpelle à juste titre.

 

C’est, comme on dit, un risque systémique ?

Oui. Bien sûr C’est le gigantisme des lieux de production, la standardisation des produits et des cultures, la spécialisation des exploitations, la course au profit, en amont des fournisseurs, en aval des distributeurs. Certains qualifient le système comme « industriel libéral ». Appelons un chat un chat et une poule une poule, c’est la marque même du système capitaliste. Reprenons le cas du Fipronil. Quand une exploitation accueille 30 000 poules, pondeuses ou non, bien évidemment la désinfection obligatoire des immenses locaux ne peut être confiée qu’à des entreprises de nettoyage industriel et/ou à des procédés de décontamination particulièrement agressifs. C’était le cas en l’espèce. Le développement sans limite des exploitations – 20 000 porcelets pour 980 truies gestantes là, 1000 vaches ici, 35 000 canards ailleurs – expose le cheptel entassé au moindre virus, à la moindre attaque bactériologique et favorise les réponses en « cides » : fongicide, insecticide, pesticide, et « aincide » de suite…

ob_f4ae10_xavier-compain-dartigolles-bonnet Xavier Compain, Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF et Nicolas Bonnet-Ouladj, président du groupe communiste des élu.e.s de Paris lors d’une vente solidaire de fruits et légumes, organisée par le PCF, place de la Bastille à Paris.

Alors ?? STOP… ou encore ?

Pour des raisons impérieuses qui intéressent l’emploi, le revenu des agriculteurs et la reconnaissance de leur savoir faire, la qualité alimentaire, l’aménagement du territoire, l’environnement, il est urgent de reconsidérer le modèle agricole qui nous a été progressivement imposé au tournant des années 70. Un modèle qui a démontré sa nocivité et son inadéquation avec les besoins humains. Nous n’en voulons plus. Le monde ne se divise pas entre je ne sais quels détenteurs des progrès techniques et les folkloristes, adeptes des sabots de bois et des sols en terre battue dont nous serions.

Nous travaillons à la promotion d’une agriculture paysanne capable de satisfaire en tout premier lieu les besoins locaux et nationaux, libérée des contraintes mortifères de la concurrence internationale, hautement qualifiée, notamment d’un point de vue agronomique, respectueuse des consommateurs et de ceux qui les nourrissent.

Propos recueillis par Gabriel Collorec.