100 ans d’engagements communistes en Finistère: Alain Le Lay (1909-1942) de Lesconil, cadre de la résistance communiste, mort à Auschwitz

Alain Le Lay (1909, Plobannalec Lesconil, 1942, Auschwitz)

100 ans d’engagements communistes en Finistère

Photo Gaston Balliot – cimetière de Lesconil

Alain Le Lay est né le 22 septembre 1909 à Plobannalec, commune de Lesconil (Finistère). Il est le fils de Marie Anne Larnicol, ménagère et de Jacques Le Lay, marin pêcheur, son époux. Il habite au 12, rue Laënnec à Concarneau (Finistère), au moment de son arrestation.
Il est célibataire. Alain Le Lay, élève-maître à l’Ecole Normale de Quimper, participe avec Alain Signor (en 1928 ou 1929) à la création d’un groupe de l’Union générale des étudiants pour l’enseignement affilié à l’Union fédérale des étudiants fortement influencée par le Parti communiste. Il est exclu de l’Ecole normale pour avoir participé à la grève menée contre l’obligation de suivre la préparation militaire supérieure («l’affaire des Normaliens de Quimper»). Il travaille alors à Concarneau comme employé de mairie, à l’Office juridique de renseignements gratuits. Le 5 février 1936 la municipalité à direction communiste le nomme directeur de l’Office municipal de placement.
Militant communiste, il est membre du bureau de la Région bretonne Finistère-Morbihan, de 1934 à septembre 1939. Entre 1936 et septembre 1939, il est également secrétaire de la section du Parti communiste de Concarneau-Ville.

Il est l’un des premiers mobilisés parmi les responsables finistériens du Parti communiste. Alain Le Lay et un de ses compagnons d’armes réussissent à s’échapper lors de l’encerclement de leur régiment par les forces allemandes dans l’Est de la France en 1940 (Christian Larnicol).

Après sa démobilisation, fin 1940, Alain Le Lay va jouer un rôle important dans la Résistance. Il est contacté par Robert Ballanger et son adjoint Venise Gosnat, responsables interrégionaux pour toute la Bretagne du Parti communiste clandestin. Il anime l’Organisation spéciale sous le pseudonyme de « Jacques ». Il est en liaison avec Paris par l’intermédiaire de Venise Gosnat dont le nom de guerre est « Père Georges ».

Voir aussi:

La Résistance et les communistes à Concarneau (à partir des notes et archives de Pierre Le Rose)

Venise Gosnat, alias Georges, inter-régional responsable de la résistance communiste en Bretagne (décembre 1940- décembre 1942)

Alain Le Lay va et vient, organise les groupes de l' »Organisation Spéciale » (O.S) dans le département. La liaison avec le Centre est assurée par le « Père Georges » (Venise Gosnat, adjoint au maire d’Ivry). A une réunion de direction à Kerviniou, Alain Le Lay donne des indications sur l’organisation du travail clandestin.

Venise Gosnat: Les responsables du Parti Communiste réorganisé clandestinement sont …

 » Dans le Morbihan, le camarade Le Lay, ancien secrétaire de la mairie de Concarneau que nous avions affecté dans le Morbihan par mesure de sécurité, et qui fut reconnu et arrêté par l’ancien commissaire de police de Concarneau, lui aussi muté dans ce département; le camarade Conan, cheminot d’Auray, arrêté à la suite d’une fouille dans les placards du dépôt, fusillé; Marie Le Fur, d’Hennebont, un autre cheminot d’Auray, mari d’une institutrice d’un village voisin, un imprimeur de Pontivy et de nombreux inconnus.

Dans le Finistère, le camarade Larnicol, ancien maire de Léchiagat, resté fidèle au Parti, le jeune et courageux Albert Abalain, fusillé, sa tante Jeanne Goasguen, adjointe au maire de Brest après la Libération, Pierre Corre, ouvrier de l’arsenal de Brest et organisateur de la lutte au sein de l’Etablissement, mort au combat par la suite, la camarade Salou, déportée; Le Nedelec; Georges Abalain; Cadiou (Charlot); le camarade et la camarade Lijour (déportée) de Concarneau; David, de Huelgoat, mort au combat; Guyomarch, aujourd’hui capitaine, qui faussa compagnie aux gendarmes alors qu’il avait les menottes aux mains; François et sa mère, bouchers à Scaër, les frères Le Pape, de Pont de Buis, Jojo (?), pêcheur de Douarnenez, une sabotière de Rosporden, Bernard, de Quimper, et sa mère, le cheminot Halle (je crois) de Quimper, fusillé, et beaucoup d’autres… ».

 

Eugène Kerbaul écrit : «Robert Ballanger le charge tout spécialement en début de 1941 de sortir un journal de l’inter région. Alain Le Lay insiste pour que cette publication soit la continuation de «La Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime» créée en 1935, mais à paraître en petit format. Ce qui fut fait dès mars 1941. Ce journal est alors imprimé clandestinement à Nantes et reproduit sur une ronéo, (machine à imprimer de bureau), installée chez les parents de Jean Le Coz à Lehan. Alain  Le Lay est responsable de la rédaction de cette publication clandestine et c’est à lui que l’on doit la «bretonnisation » de l’appel du P.C.F. « pour un Front National de lutte pour le salut et l’indépendance de la France », lancé en mai 1941 et qui paraîtra dans «La Bretagne Ouvrière Paysanne et Maritime» avec, en tête, du texte, «Bretons, Bretonnes» au lieu de «Français, Françaises», comme dans le texte original, le reste restant inchangé. L’idée d’utiliser le sentiment national des Bretons pour la défense de l’indépendance de la nation française, face aux séparatistes bretons collaborateurs sera très appréciée des militants du P.C.F. en Bretagne. Alain Le Lay, tout en faisant partie du collectif interrégional, recevra la responsabilité politique du Morbihan ».
Son rôle était de retrouver la liaison avec des militants partout où le parti était organisé avant la guerre, c’est-à-dire, en ce qui concerne le Morbihan, à Lorient, Vannes, Pontivy, Auray, Lanester, Hennebont, Ploérmel, Lambel-Camors, Quiberon.
Alain Le Lay était hébergé le plus souvent chez Guillaume Péron, cheminot à Auray, et chez Louis Larnicol, son cousin, instituteur à Berné, qui y avait été déplacé en raison de son activité politique.
Alain Le Lay sait pertinemment qu’il ne va pas tarder à être arrêté. Il s’est confié à Brest à Charles de Bortoli à son épouse Anne De Bortoli et à son mentor en politique son compatriote Bigouden de Pont-l’Abbé, Alain Signor. Il leur répète souvent : « Ils nous connaissent toutes et tous et nous sommes fichés, nous tomberons les uns après les autres … » (témoignage recueilli à Lesconil par M. Christian Larnicol auprès de Madame Anne De Bortoli, alors presque centenaire).
Alain Le Lay est arrêté (1) le 12 novembre 1941 à Landévant (Morbihan) au lieu-dit Mané Lan Vras (in « Le Nouvelliste du Morbihan » du 19 novembre 1941, recherches de Christian Larnicol).
Alain Le Lay avait rendez-vous avec le « Vieux Georges » et non pas le « Père Georges » alias Venise Gosnat qui lui, arrivait de Nantes  et voyageait à bord d’une micheline. Le rendez-vous était programmé ce 12 novembre 1941 en gare de Landévant. Hélas ! alors qu’Alain Le Lay approchait du bourg de Landévant, un sous-officier de gendarmerie en poste à la brigade de Landévant va le reconnaître et l’arrêter immédiatement (…). Alain Le Lay, menotté et accompagné par deux sous-officiers de la Gendarmerie de Landévant embarque à bord de ce train qui vient du Croisic et se dirige vers Quimper en terminus. Il est totalement méconnaissable et présente un visage tuméfié suite aux différents interrogatoires qu’il a subi depuis son arrestation…Il reconnaît deux jeunes Bigoudènnes et demandent à ses geôliers de bien vouloir lui enlever ses menottes afin d’aller aux toilettes. En revenant, Alain se dirige vers les filles de Lesconil et leur dit : « dès votre arrivée à Lesconil, allez tout de suite prévenir mon père, Jacques Le Lay, au Menez-Veil, les gendarmes savent que je suis un militant communiste recherché activement et ils vont me remettre aux Allemands, c’est fini pour moi je ne rentrerai jamais plus à Lesconil » (Témoignage oral de deux jeunes Bigoudennes de Lesconil qui voyageaient à bord du train le 13 novembre 1941. Ces deux Demoiselles en costume Bigouden étaient Mesdemoiselles Marianne Lucas et Anita Charlot, aujourd’hui disparues (mel de Christian Larnicol) …
Alain Le Lay est conduit à Quimper, puis incarcéré à la prison de Brest (Le Bouguen).
Le 20 avril 1942, son nom est inscrit sur une des 2 listes de 36 et 20 otages envoyés par les services des districts militaires d’Angers et Dijon au Militärbefehlshaber in Frankreich (MbF), à la suite de l’attentat contre le train militaire 906 et suite au télégramme du MBF daté du 18/04/1942… Le Lieutenant-Général à Angers suggère de fusiller les otages dans l’ordre indiqué (extraits XLV-33 / C.D.J.C). Les noms de cinq militants qui seront déportés avec Alain Le lay à Auschwitz (Alfonse Braud, Jacques Hirtz, André Flageolet, René Paillole, André Seigneur) figurent également sur ces 2 listes. Il est transféré après cette date au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) à la demande des autorités allemandes.
Alain Le Lay est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro « 46246 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Alain Le Lay est affecté au camp de Birkenau.
Il meurt le 4 octobre 1942 d’épuisement à Birkenau, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 699).

Sources:

Essentiellement article de l’historienne Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d’une thèse de doctorat (blog  : https://politique-auschwitz.blogspot.com/2012/07/le-lay-alain.html), lequel s’appuie aussi sur un Article de Jean-Pierre Besse dans le Maitron en ligne: http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article117536

Et le blog animé par Gaston Balliot: https://bigouden1944.wordpress.com/2016/11/08/alain-le-lay/

Alain Le Lay (1909-1942) Photo blog https://politique-auschwitz.blogspot.com

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